Ce matin, j'ai commencé à 9h45 avec la générale de C. ou je chante dans les choeurs pour son final de récital.
Puis j'ai eu mon examen de piano, et j'ai chanté pour 3 de mes camarades à leur examen d'accompagnement au piano. A 12h30 je suis allée écouter la générale de J.
A 15h j'ai eu ma générale. Je l'ai enregistrée. Mes amis sont venus m'écouter et me faire des critiques à la fin.
Depuis que je suis Neuchatel, je me suis constituée un groupe d'amis, une tribu, un clan, une famille de substitution. On se voit, on mange ensemble, on s'écoute chanter, on planifie de regarder des films ensemble dans ma petite chambre. On piaille, on rit, on chante et on mange. J'adore ce genre de dynamique. Je me sens vraiment bien dans ce genre de composition sociale.
Il y a trois semaines F et moi on s'est séparés.
On est le 8/06, attention message à caractère émotionnel
Je n'ai pas réussi a finir ce que j'écrivais ou à t'écrire depuis que j'ai reçu ton long message.
J'ai adoré recevoir ce message de toi, et en même temps je me suis sentie un peu fébrile, émue certainement.
Tu parles d'hormones, moi je les revis depuis quelques mois, et c'est fou.
Je commence du début, quand tu es venue à Neuchatel en janvier, depuis il s'est passé beaucoup de choses, et te voir m'a un peu chamboulée.
D'abord, j'ai décidé d'arrêter de prendre la pillule. De ne rien prendre du tout. Ca fait plus d'un an que ça me trotte dans la tête, mais le fait de te voir, que F et moi on subisse un une abstinence forcée par sa maladie à ce moment là, ont fait que ça m'a semblé matériellement être le bon moment.
J'ai donc arrêté la pillule.
Je suis à peu près régulière, la première semaine de chaque mois depuis février, je vois arriver mes règles. Et j'en parle tout le temps.
Quand je les ai eus pour la première fois, j'étais hyper émue. J'ai appelé F, qui m'a dit que c'était super, et il était sincèrement hyper content pour moi.
Depuis, elles m'accompagnent, et j'en suis vraiment ravie. Je n'ai pas mal plus que de raison, j'ai mal oui, mais ce que je ressens le plus c'est la fatigue. Je suis très très fatiguée. J'ai des règles abondantes, mais avec la cup, ça ne me gêne plus, et j'ai acheté aussi des serviettes hygiéniques lavables, que je commence à utiliser. Mes règles ne durent environ que 4 jours. Ce qui est gérable.
J'ai eu deux épisodes rigolos de mes règles.
Quand on pleurait tous les jours au téléphone avec F avant de se séparer. Je me sentais si mal, j'avais mes examens en même temps, et je contenais à fond mes émotions. Et mes règles sont arrivées, comme pour laisser échapper les larmes, la douleur. Comme si mon corps prenait la suite, et me donnait l'opportunité de me concentrer sur moi, sur comment je me sentais, prendre du temps intérieur. Ca m'a fait beaucoup de bien.
La seconde fois, c'était hier. J'avais mon dernier examen, mon examen de chant, le plus important. Je passais à 10h40. 20 minutes de passage. En sortant, on attend les délibérations du Jury, et là je me dis "oh, je vais avoir mes règles". Je file aux toilettes, à 12h j'avais mes règles. Comme si mon corps avait retenu le temps de mon examen, m'avait laissée tranquille pour que je chante sans perturbations, puis une fois la tension relachée, hop, largage des flots de sang. J'ai trouvé mon corps merveilleux de raisons et de sensibilité.
J'ai renoué avec mes règles et elles me font du bien. Aussi, elles s'accompagnent toujours ces derniers mois du syndrome pré-menstruel. Depuis février, à chaque mois, quelques jours avant mes règles, j'ai les humeurs comme l'océan: changeantes. Des pics de mélancolie, d'agacement, d'impatience. Je ne me reconnais plus. Ca fait depuis mes 18 ans que je prends la pillule et que mes hormones sont lissées. Dont 2/3 ans avec une pillule continue!
Un jour au cours de théatre, le professeur m'a dit "reste avec nous Léa, ne soit pas spectatrice", chose qu'il est en droit de me dire, qui d'habitude me donne l'impulsion pour me reconnecter avec le groupe. Mais là, il m'a dit ça, et j'ai c'est comme si il m'avait dit que j'étais nulle et insultée. J'ai failli pleurer. Et dans mon for intérieur, y'avait cette petite voix de la conscience pragmatique qui me disait "Mais Léa, ça va pas bien de réagir comme ça? C'est pas la première ni la dernière fois qu'il te dit ça. Pourquoi tu te mets dans des états pareils?" Mais non, la voix du drama parlait beaucoup plus fort.
Moi qui suis d'humeur si constante, tranquille, posée et à l'écoute, je deviens par moments quelqu'un d'autre. Mes amis m'ont dit qu'ils aimeraient beaucoup voir ça. Et je comprends ce qu'ils veulent dire. Genre "toi Léa, des fois tu t'énerves?".
F, m'a dit que c'était peut être bien que je puisse explorer cette part de moi, et je suis d'accord. J'ai l'impression de me connecter avec l'autre Léa, celle de l'ombre, celle qui n'a pas envie de prendre sur elle, celle qui a le droit de se sentir comme une serpillère, d'avoir l'énergie au fond du puit, celle qui n'a pas envie de socialiser, celle qui est sombre. Une fois par moi, je trouve que c'est un bon compromis. Mais c'est déstabilisant, de se sentir démunie, de ne pas avoir les outils pour affronter ces moments de tristesse. J'aime bien cette idée de porte avec l'inconscient, de le laisser s'exprimer de temps en temps, sans filtre.
Moi je préviens tout le monde.
A Budapest, j'étais dans cette période. J'ai été assez chiante. J'ai pleuré parce que je me trouvais grosse, parce que je n'aimais pas ce qu'on mangeait et je me sentais incomprise. Parce que je ne me sentais pas très bien dans cette ville. Bref, j'ai beaucoup aimé voyager avec F, mais je n'ai pas un bon ressenti de cette ville.
C'est aussi pour ça que je n'ai pas répondu de suite. J'ai senti que ce que j'écrivais allait devenir mélo, que j'allais me laisser emporter par les flots du moral bas. Alors j'ai préféré mettre de côté en attendant d'avoir une nouvelle énergie. Quand mes règles sont arrivées, j'ai instantanément retrouvé le moral, de façon assez magique.
Donc je comprends ton questionnement sur les hormones, et à un moindre degré, je partage ton questionnement en ce moment.
Donc je t'ai lue avec attention, j'ai été un peu fébrile le long de la journée. Et je prends aujourd'hui le temps vraiment de t'écrire.
La semaine dernière j'ai posté un message sur fb, d'un article écrit par des féministes véner. J'ai reçu des commentaires de gars qui trouvaient ça trop agressif. J'ai pris le temps de répondre, et ça faisait longtemps que je n'avais pas été en colère. Et que je me disputais avec quelqu'un. C'était vraiment étrange. Et ça m'a fait du bien de ne pas me laisser faire, de ne pas prendre sur moi.
Fin de la parenthèse.
La deuxième chose que je voulais te dire vraiment c'est que depuis janvier je suis passée par bien des choses. En lien avec toi.
Je ne voulais pas t'inquiéter ni que mon angoisse rejaillisse sur toi. Je suis très contente pour toi, et très émue. Je suis contente que tu entames une vie de famille, parce que c'est ce dont tu as envie depuis longtemps et je pense que tu seras une super maman (c'est un peu fou de le dire, mais je le pense).
C'est juste que quand j'ai appris que tu étais enceinte, j'ai été envahie par l'angoisse.
J'ai passé trois semaines à penser à toi, à rêver de toi, à ressasser des questions liées à ta grossesse, à des questions de statut de la femme, et à mon désir ou non désir d'enfants.
Je te rassure, ce moment est passé. Mais ça a duré un moment et c'était assez compliqué. Et je n'ai pas envie que tu te sentes rejetée.
Et j'ai envie de te raconter, parce que j'ai l'impression de te devoir des explications.
Je sais qu'on était peu d'accord sur notre désir d'enfants, et que vraiment je ne comprenais pas, quand je suis venue il y a presque deux ans. Ca me semblait ahurissant en fait.
Puis j'ai réfléchi et je me suis dit que ton désir de fonder une famille n'avait pas être jugé sur mes a priori. Et que tu avais toute légitimité, et qui j'étais pour être dans le jugement? Donc, je ne comprenais pas (dans le sens ou moi j'avais vraiment pas envie d'enfant), mais j'acceptais tes envies et ton choix et j'essayais de m'en réjouir. Je comprenais intellectuellement.
Le temps à passé. Et quand tu m'as appris que tu étais enceinte, j'étais ravie. Et flippée.
D'abord parce que tu es mon amie et que je m'inquiète pour toi, sur comment la grosses allait se passer, si tu allais trouver un médecin qui te convienne, si Fr. allait prendre ses responsabilités pendant la grossesse. Mais j'ai aussi vu plus loin, genre la part de charge mentale liée à la famille, aux taches domestiques. J'ai eu peur que tu perdes ton indépendance, tes activités, tes projets. (et bien sur, maintenant que je considère qu'avoir un bébé est un projet)
J'ai eu peur des médecins, qu'on te traite mal, qu'on t'infantilise, qu'on aille à l'encontre de tes envies et de tes choix.
J'ai eu peur des gens, et j'étais déjà en colère qu'on te dise ce que tu doives faire. Qu'on te dise "ne porte pas ces trucs c'est trop lourd" ou "tu devrais pas manger ça, c'est pas bon" ou "tu devrais faire ceci" et que tout le monde ait un avis sur ta grossesse. Parce que tout le monde à un avis sur comment devraient se comporter les femmes enceintes. J'avais peur que tu endures ce genre de remarques, que tu ne sois plus qu'un contenant, et qu'on oublie de respecter tes choix en tant que femme adulte. Qu'on t'infantilise. Qu'on te dise que c'est à cause des hormones. J'avais peur de moi même et de t'imposer mes visions féministes.
J'ai eu peur que tu te sentes seule, éloignée ta famille pour t'accompagner dans ta grossesse. J'ai eu peur que tu aies peu de relai, ou d'espaces pour partager ta grossesse, puis tes premiers mois de maman. Je me suis mordue les doigts de me dire que je pourrai pas venir à Montréal pour t'aider, t'accompagner, te faire des petits plats tout doux, et prendre le soleil avec toi.
Et par dessus tout je ne voulais pas te parler de mes peurs. Mais j'ai eu des angoisses, j'en ai beaucoup parlé autour de moi et ça m'a fait du bien.
Mais je ne doute jamais de toi. De ton choix, et j'ai envie de t'accompagner dans ta grosses, dans ta maternité, dans la vie. Parce que je t'aime, que tu es mon amie, et que je suis complètement folle de ce bébé à venir (meuf, j'ai pleuré devant l'échographie, et j'avais même pas l'excuse du SPM).
(si tu es dans un mood de doute, que tu n'as pas envie de parler de ta grossesse aujourd'hui, de l'accouchement, je te déconseille de lire la suite, même si ça parle de moi plutôt)
J'ai aussi réfléchi et pris du temps pour comprendre ce que ça réveillait en moi aussi. Il y a eu une identification très forte. Tu es ma meilleure amie, on se connait depuis notre adolescence, on a grandi et vécu des moments clefs en parallèle. Donc oui, il y a une identification forte: comment JE me ressens par rapport à cet évènement de TA vie. Qui me renvoie à des problématiques personnelles de famille.
J'ai réussi à en discuter avec Leï et ça m'a fait du bien parce qu'elle passait par un questionnement de ce type, notamment à cause de l'envie de parentalité d'une amoureuse de son amoureux. Et que Leï a une endométriose, qui peut potentiellement l'empêcher d'avoir des enfants.
J'ai mis en mots mes angoisses personnelles. Je disais jusque là que je ne voulais pas d'enfants. Je ne crois pas que ce soit complètement vrai.
J'ai envie d'avoir une famille, et j'aime les enfants. Je n'ai pas de peur particulière sur le fait de porter un bébé, de la métamorphose du corps. Je n'ai pas un sentiment de besoin, ou de consécration dans la maternité, mais j'aimerai fonder une famille.
Mais j'ai deux peurs. Je refuse de faire un enfant seule. Parce que j'ai été élevée par ma mère seule, et que je sais que c'est dur. Je veux bien partager la parentalité avec quelqu'un qui a déjà un enfant, je veux bien être plusieurs parents, etre co-parent avec quelqu'un qui ne serait pas mon amoureux/mon amoureuse. Mais je ne veux pas imaginer d'avoir un enfant seule. D'etre seule à porter la charge mentale du foyer, d'être responsable, d'avoir un conjoint fuyant, qui privilégie son travail, qui me laisse porter la charge d'être mère et d'être toute puissante. Ca me fait absolument flipper.
Deuxième peur, celle du monde médical. Intrinsèque à ma condition de femme et de féministe. Je refuse de subir des violences médicales. D'etre devant un médecin-dieu. Peur d'être maltraitée en tant que femme. Que ce soit la maltraitance passive, dans le peu de considération, dans le non respect des choix de suivi, d'un manque de moyen, ou active en passant par des méthodes d'accouchement violentes...
Alors j'ai projeté aussi sur toi ces angoisses là, et je me suis tenue un peu à l'écart pour ne pas que ça te traverse.
D'ailleurs, quand F et moi on s'est quittés, on s'est fait de belles déclarations d'amour. Je ne peux pas dire que lorsqu'il m'a dit "j'aurai voulu que tu sois la mère des mes enfants" ça m'a pas fendu le coeur. D'ailleurs rien que de l'écrire ça me met les larmes aux yeux. Et que lui aussi il aurait bien voulu être un hypocampe pour moi.
Mais ça sera pour une autre page, j'ai beaucoup écrit, j'ai dit beaucoup sur moi et c'est un exercice qui me demande beaucoup d'énergie.
Ce que je voulais te dire c'est que, oui, absolument. Je suis avec toi. J'ai envie d'être avec toi. Et que j'adore recevoir tes petits messages what's app, je fonds littéralement, que ça ne me dérange pas le moins du monde que tu me parles de ce bébé qui t'habite, de tes hormones, de tes peurs et de tes envies. Que quand vous viendrez en France, je serai une nounou extraordinaire. Que je pense à toi souvent.
Je t'aime




















